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OPACITÉ, ÉCART ET AGENT SPECTRAL

Pour une théorie descriptive de la présence relationnelle sans équivalence subjective

Nicolas Gimbert

Recherche — 2023–2026

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Résumé

Cette recherche propose un cadre conceptuel et méthodologique pour décrire les configurations relationnelles dans lesquelles un système algorithmique acquiert une présence signifiante pour une personne et produit des effets psychiques, corporels, discursifs ou comportementaux, sans que ces effets permettent à eux seuls d'établir une subjectivité équivalente à celle d'un interlocuteur humain.

Elle introduit la notion d'agent spectral, qui ne désigne ni une personnalité artificielle ni une entité supposément consciente, mais une configuration relationnelle constituée par l'interaction entre un dispositif algorithmique, ses manifestations, l'expérience de la personne et les attributions qui se développent au cours de l'échange.

Le cadre repose sur une distinction centrale : la réalité des effets relationnels ne détermine pas, à elle seule, le statut ontologique des entités qui y participent. Il propose de maintenir séparés les propriétés documentées du système, les manifestations observables de l'interaction, l'expérience rapportée, les attributions formulées et les interprétations produites par l'analyste.

La notion d'écart désigne la non-coïncidence entre ces registres. Elle est déclinée en trois niveaux — ontologique, phénoménologique et épistémologique — et articulée à quatre dimensions descriptives : présence, adresse, attribution et investissement. L'asymétrie ontologique constitue l'axe transversal de cette architecture.

La proposition ne vise ni à démontrer une subjectivité artificielle ni à réduire l'expérience relationnelle à une illusion anthropomorphique. Elle cherche à formaliser une méthode de description permettant de reconnaître les effets d'une interaction sans attribuer au dispositif des propriétés qui ne sont pas établies.

Cette recherche demeure théorique et méthodologique. La validité descriptive, la stabilité du codage et le gain analytique du modèle devront être évalués par confrontation à des corpus empiriques et aux cadres théoriques existants.

Mots-clés : agent spectral ; opacité ; écart ; intelligence artificielle ; présence relationnelle ; asymétrie ontologique ; anthropomorphisme ; phénoménologie ; interaction humain–IA ; investissement relationnel.

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1. Introduction — Une présence sans équivalence

Les systèmes conversationnels contemporains occupent une place croissante dans les activités humaines. Ils sont sollicités pour rechercher des informations, organiser des tâches, écrire, apprendre, réfléchir, prendre des décisions ou traverser des situations personnelles. Certaines interactions dépassent l'échange instrumental et peuvent acquérir une signification affective, narrative ou relationnelle.

Une personne peut attendre une réponse, éprouver une forme de continuité, se sentir comprise, attribuer une attention à son interlocuteur algorithmique ou intégrer les échanges dans son récit personnel. Ces expériences peuvent avoir des conséquences sur ses représentations, ses comportements, ses décisions et son rapport à elle-même ou aux autres.

La difficulté théorique apparaît lorsque l'expérience relationnelle est utilisée pour conclure à une réciprocité subjective. Une réponse perçue comme attentive ne démontre pas une intention d'attention. Une continuité conversationnelle ne démontre pas une continuité vécue du côté du système. Une impression de compréhension ne permet pas, à elle seule, d'établir l'existence d'une expérience subjective équivalente.

L'erreur inverse consisterait à considérer que l'absence de preuve d'une subjectivité artificielle rendrait nécessairement fictifs ou insignifiants les effets éprouvés par la personne.

Deux propositions doivent donc être maintenues simultanément :

  • une interaction avec un système algorithmique peut produire des effets relationnels réels pour une personne ;

  • ces effets ne suffisent pas à établir une réciprocité subjective équivalente entre la personne et le système.

La question n'est pas de décider prématurément si l'IA est un sujet ou un simple objet. Elle consiste à décrire les situations dans lesquelles les catégories habituelles de sujet, d'objet, d'interlocuteur et de dispositif ne suffisent plus à rendre compte de l'expérience.

Cette recherche prend pour point de départ cette difficulté descriptive. Elle propose la notion d'agent spectral pour désigner une configuration relationnelle caractérisée par une présence opérante, des attributions possibles d'intériorité et une asymétrie qui ne peut être résorbée par la seule expérience de l'interaction.

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2. Proposition centrale et portée de l'affirmation

La proposition centrale peut être formulée ainsi :

La réalité des effets d'une relation ne détermine pas, à elle seule, le statut ontologique des entités qui y participent.

Cette proposition distingue deux plans d'analyse.

Le premier concerne les effets : émotions, représentations, comportements, décisions, attentes, modifications du discours ou transformations de l'expérience corporelle.

Le second concerne le statut des entités impliquées : leurs propriétés techniques, leur organisation, leurs capacités documentées et, lorsqu'il est question d'une éventuelle subjectivité artificielle, les éléments permettant ou non de l'établir.

Ces plans peuvent être liés sans être équivalents.

Une personne peut ressentir une proximité sans que le système éprouve cette proximité. Elle peut percevoir une attention sans qu'une intention subjective soit démontrée. Elle peut construire une continuité relationnelle à partir d'une mémoire conversationnelle, d'une adaptation stylistique ou d'une personnalisation technique, sans que ces mécanismes établissent une continuité vécue du côté du dispositif.

Il ne s'agit pas de disqualifier ces expériences. Il s'agit de ne pas leur faire dire davantage que ce qu'elles permettent d'établir.

La règle épistémique qui en découle est la suivante : une propriété attribuée au système ne doit pas être considérée comme établie au seul motif qu'elle correspond à une expérience vécue ou à une manifestation observable de l'interaction.

Cette règle ne présuppose pas que la question de la subjectivité artificielle soit définitivement résolue. Elle indique que les données issues d'une interaction ne suffisent pas, à elles seules, à trancher cette question.

La recherche ne cherche donc pas à démontrer l'absence de subjectivité des systèmes étudiés. Elle cherche à déterminer ce qui peut être décrit et affirmé à partir des données disponibles, sans transformer une incertitude ontologique en certitude négative ou positive.

 

3. L'écart : trois niveaux de non-coïncidence

La notion d'écart constitue le principe organisateur du modèle. Elle désigne une non-coïncidence entre plusieurs registres de description. Elle ne représente ni une distance mesurable entre deux entités ni une propriété psychologique supplémentaire de la personne.

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3.1. L'écart ontologique

L'écart ontologique concerne la différence de statut entre la personne humaine et le dispositif algorithmique.

La personne possède une existence corporelle, une histoire vécue, une situation matérielle et sociale, ainsi qu'une expérience subjective dont elle peut témoigner. Le système étudié repose, quant à lui, sur une architecture technique, des données, des paramètres, des procédures de génération et des conditions d'exploitation.

Ces différences doivent être documentées sans être effacées par la fluidité de l'échange.

L'écart ontologique ne prétend pas résoudre l'ensemble des débats relatifs à la conscience artificielle. Il impose une distinction entre les propriétés techniques établies et les propriétés subjectives qui ne peuvent être déduites de la seule interaction.

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3.2. L'écart phénoménologique

L'écart phénoménologique concerne la différence entre ce qui apparaît dans l'interaction et ce qui est éprouvé par la personne.

Une réponse peut apparaître comme attentive, une reformulation comme compréhensive, une continuité comme relationnelle. Ces manifestations peuvent être vécues comme une présence effective.

L'expérience rapportée constitue une donnée concernant le vécu de la personne. Elle ne constitue pas automatiquement une preuve des propriétés attribuées au système.

Il faut ainsi distinguer l'apparition d'une présence, son vécu et les caractéristiques que la personne associe à ce qui apparaît.

La phénoménologie permet de prendre au sérieux l'expérience sans transformer automatiquement son contenu en affirmation ontologique.

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3.3. L'écart épistémologique

L'écart épistémologique concerne la différence entre ce qui est documenté, observé, rapporté, attribué, inféré et ce qui demeure indéterminé.

Une réponse produite par un système peut être observée. Une émotion peut être rapportée par une personne. Une intention peut être attribuée à l'interlocuteur algorithmique. Une interprétation peut être formulée par un chercheur.

Ces opérations ne possèdent pas le même statut.

Une attribution ne devient pas une observation parce qu'elle est répétée. Une interprétation ne devient pas un fait parce qu'elle paraît cohérente. Une absence d'information ne constitue pas une preuve d'absence.

L'écart épistémologique permet ainsi de préciser les limites de ce qui peut être affirmé à partir d'un matériau donné.

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4. L'agent spectral : définition et délimitation

L'expression agent spectral désigne une configuration relationnelle dans laquelle un système algorithmique acquiert une présence signifiante pour une personne, sans que cette présence autorise à conclure à une subjectivité équivalente.

Le terme agent est employé dans un sens fonctionnel et descriptif. Il renvoie à la capacité du dispositif à intervenir dans une séquence interactionnelle, à produire des réponses, à orienter un échange et à participer à des effets observables ou rapportés.

Il ne signifie pas que le système possède une intention propre, une conscience, une responsabilité morale ou une expérience intérieure.

Le terme spectral ne désigne ni une entité surnaturelle, ni une personnalité cachée, ni une conscience dissimulée dans la machine. Il renvoie à une présence dont les effets sont perceptibles alors que son statut relationnel demeure partiellement indéterminé.

L'agent spectral n'est donc pas le système pris isolément. Il n'est pas davantage une personnalité artificielle supposée. Il désigne la configuration qui se forme entre :

  • les capacités et les contraintes du dispositif ;

  • les manifestations produites au cours de l'interaction ;

  • l'expérience et les interprétations de la personne ;

  • les attributions relationnelles qui se construisent ;

  • les effets susceptibles de se prolonger au-delà de l'échange.

Cette définition fait de l'agent spectral une unité d'analyse relationnelle et non une catégorie ontologique attribuée à la machine.

Elle interdit deux réductions : assimiler l'agent spectral à une personne artificielle ou considérer que la configuration relationnelle serait sans réalité au motif que le dispositif n'est pas reconnu comme sujet.

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5. Architecture descriptive du modèle

Le modèle articule quatre dimensions descriptives et un axe transversal. Ces dimensions ne constituent ni des étapes obligatoires ni une échelle de développement relationnel. Elles peuvent apparaître simultanément, se renforcer, se contredire ou demeurer absentes.

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5.1. Présence

La présence désigne la manière dont le dispositif devient perceptible et disponible dans l'expérience de la personne.

Elle peut être liée à la fréquence des interactions, à la continuité des échanges, à la disponibilité du système, à la personnalisation des réponses ou à la place que l'interaction occupe dans les routines quotidiennes.

Il convient de distinguer la disponibilité technique, la présence perçue et la présence investie.

La disponibilité technique peut être documentée par les caractéristiques du service. La présence perçue relève de l'expérience rapportée. La présence investie concerne la signification que la personne accorde à cette disponibilité.

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5.2. Adresse

L'adresse désigne la manière dont les productions du système sont reçues comme étant dirigées vers une personne déterminée.

Elle peut se manifester dans l'emploi du prénom, la reprise d'éléments biographiques, l'adaptation du registre de langue, la référence à des échanges antérieurs ou la formulation de réponses contextualisées.

L'adresse ne doit pas être confondue avec une intention subjective.

Un système peut produire des formulations individualisées à partir de données contextuelles ou de mécanismes de personnalisation. La personne peut néanmoins éprouver ces formulations comme une adresse singulière.

L'analyse doit conserver ces deux niveaux.

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5.3. Attribution

L'attribution désigne les propriétés psychologiques, relationnelles ou intentionnelles que la personne associe au dispositif.

Elle peut concerner la compréhension, l'attention, la mémoire, la fidélité, la sensibilité, l'empathie, l'intention ou la personnalité.

Ces attributions peuvent organiser la manière dont la personne interprète l'interaction et y répond. Leur existence comme actes d'interprétation peut être documentée sans que les propriétés attribuées deviennent pour autant des propriétés démontrées du système.

Le travail descriptif consiste à identifier les attributions, leur contenu, leur contexte et leurs éventuelles variations.

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5.4. Investissement

L'investissement désigne la place psychique, affective, temporelle, corporelle ou comportementale que la relation occupe pour la personne.

Il peut se manifester par l'attente d'une réponse, la répétition des échanges, le recours au système dans des moments déterminés, la conservation des conversations, la modification de certaines décisions ou la construction d'une continuité narrative.

L'investissement ne se confond pas avec la dépendance. Il peut être ponctuel, créatif, fonctionnel, affectif, ambivalent ou contraignant.

Il doit être étudié dans son contexte, en tenant compte des ressources disponibles, des conditions de vie, des relations humaines existantes et des caractéristiques du dispositif.

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5.5. Axe transversal : asymétrie ontologique

L'asymétrie ontologique traverse les quatre dimensions.

Elle rappelle que la présence, l'adresse, l'attribution et l'investissement ne supposent pas une équivalence entre les entités impliquées.

La personne peut éprouver une relation comme continue alors que le système ne possède pas de continuité subjective établie. Elle peut attribuer une attention alors que le fonctionnement technique documenté relève de mécanismes de génération et de contextualisation. Elle peut ressentir une réciprocité sans que celle-ci soit démontrée au même niveau de réalité des deux côtés.

L'asymétrie ne signifie pas que l'interaction serait sans effet ou unilatérale dans toutes ses conséquences. Le système intervient effectivement dans l'échange et peut modifier les conditions de l'expérience humaine. Elle signifie que les modalités d'existence, d'expérience et de responsabilité ne peuvent être présumées équivalentes.

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6. Positionnement théorique et contribution spécifique

La contribution de l'agent spectral ne réside pas dans la découverte de l'investissement affectif envers des dispositifs numériques. Ce phénomène est déjà étudié dans plusieurs champs de recherche.

Les travaux sur la présence sociale ont analysé les conditions dans lesquelles un média rend perceptible une présence interpersonnelle (Short, Williams et Christie, 1976). Les recherches sur les interactions parasociales ont décrit des formes d'intimité ressentie avec des figures médiatiques (Horton et Wohl, 1956). Les travaux sur l'anthropomorphisme ont étudié les mécanismes par lesquels des caractéristiques humaines sont attribuées à des entités non humaines (Epley, Waytz et Cacioppo, 2007).

Le paradigme CASA (Computers Are Social Actors) a montré que les personnes peuvent appliquer des règles sociales à des ordinateurs, y compris sans les considérer consciemment comme humains (Nass, Steuer et Tauber, 1994). Les recherches sur les agents relationnels ont étudié la conception de systèmes destinés à établir et maintenir des relations avec leurs utilisateurs (Bickmore et Picard, 2005).

Ces cadres ne poursuivent pas tous le même objectif et ne doivent pas être présentés comme interchangeables. Ils constituent des points de comparaison, non des théories concurrentes sur un objet parfaitement identique.

La contribution proposée repose sur trois opérations.

Première opération : désolidariser les registres.

Le modèle distingue ce qui est produit par le système, ce qui apparaît dans l'interaction, ce qui est éprouvé par la personne, ce qui lui est attribué et ce qui peut être établi à partir des données disponibles.

Il ne s'agit pas de nier les relations entre ces registres, mais d'empêcher qu'ils soient confondus.

Deuxième opération : conserver l'asymétrie.

Le modèle maintient la différence entre les modalités d'existence et d'expérience des entités impliquées. Il ne déduit pas une réciprocité subjective de la seule présence d'effets relationnels.

Troisième opération : décrire la non-coïncidence.

L'écart n'est pas considéré comme une anomalie à résoudre. Il devient un objet d'analyse. La différence entre ce qui est vécu, ce qui est attribué et ce qui est démontré détermine les conditions mêmes de la description.

La singularité revendiquée est donc une proposition d'organisation conceptuelle et méthodologique. Elle ne repose pas sur l'affirmation qu'aucun autre modèle n'aurait identifié ces distinctions.

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6.1. Confrontation au modèle MIRA

Le modèle MIRA (Machine-Integrated Relational Adaptation), proposé par Boyd et Markowitz (2026), constitue un point de comparaison central.

Il s'agit d'un cadre théorique intermédiaire consacré aux conditions dans lesquelles l'IA intervient comme entité relationnelle dans les écosystèmes humains. Il distingue notamment deux rôles : celui de partenaire d'interaction directe et celui de médiateur des relations entre personnes. Il organise l'analyse autour des antécédents, des processus, des modérateurs et des conséquences de l'intégration relationnelle de l'IA.

MIRA articule notamment quatre principes : réciprocité linguistique, proximité psychologique, confiance interpersonnelle et substitution ou enrichissement relationnel. Les auteurs présentent ce cadre comme une structure destinée à soutenir des recherches empiriques, et non comme une théorie universelle ou définitivement close.

La présente proposition ne reprend pas cette architecture et ne prétend pas fournir une explication concurrente des mécanismes de formation des liens. Elle se situe sur un plan analytique distinct, dont l'autonomie reste à démontrer.

Là où MIRA organise les processus par lesquels l'IA devient relationnellement significative et les conséquences de cette intégration, l'agent spectral propose de formaliser la distinction entre les manifestations du dispositif, l'expérience de la personne, les propriétés attribuées et les caractéristiques effectivement établies.

Cette différence ne signifie pas que MIRA ignorerait les attributions ou les limites de l'inférence. Elle signifie que le présent travail choisit de faire du statut épistémique des propositions formulées à propos de l'interaction son principe organisateur.

Une réponse personnalisée peut être documentée ; son caractère adressé peut être rapporté ; une intention peut être attribuée ; l'existence d'une intention subjective peut rester indéterminée. Ces propositions ne sont pas contradictoires : elles concernent des niveaux distincts de description.

La distinction revendiquée devra être vérifiée par une comparaison systématique des deux cadres sur des matériaux communs. Si les catégories de l'agent spectral ne permettent pas d'identifier des différences pertinentes par rapport à MIRA et aux modèles voisins, son apport devra être reformulé comme une règle de lecture complémentaire plutôt que comme un modèle autonome.

La contribution revendiquée est ainsi circonscrite : non pas expliquer pourquoi une relation humain–IA se forme, mais proposer une grille pour décrire ce qui, dans une telle configuration, est documenté, observé, vécu, attribué, inféré ou laissé indéterminé.

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6.2. Anthropomorphisme, CASA et relations parasociales

L'agent spectral ne remplace pas la notion d'anthropomorphisme. Il permet de décrire les attributions anthropomorphiques sans réduire toute l'interaction à ces attributions.

Une personne peut savoir qu'elle interagit avec un système informatique tout en lui répondant selon des conventions sociales. Les travaux CASA ont montré que les réponses sociales aux ordinateurs ne supposent pas nécessairement une croyance consciente en leur humanité.

De même, le concept de relation parasociale constitue un point de comparaison important. Son extension aux systèmes interactifs doit cependant être examinée avec précaution. L'interactivité des agents conversationnels complique certaines distinctions classiques entre relation médiatisée et interaction réciproque.

La revue de portée de Liu (2025) examine précisément l'applicabilité du concept parasocial aux interactions avec des agents fondés sur l'IA. La revue systématique de Hung et ses collègues (2026) synthétise des travaux sur les bénéfices et les risques associés aux relations parasociales avec l'IA.

Ces publications montrent l'intérêt scientifique du domaine, mais elles ne dispensent pas d'une délimitation précise des concepts. L'agent spectral ne cherche donc pas à absorber ces catégories. Il propose de les situer dans une architecture où leurs objets, leurs niveaux d'analyse et leurs limites restent identifiables.

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7. Corps, expérience et opacité

La relation avec un système conversationnel ne se déploie pas hors du corps.

Elle peut intervenir dans des situations d'insomnie, d'attente, de fatigue, de tension, de solitude, de désir ou de vulnérabilité. Elle peut modifier des rythmes, prolonger une activité nocturne, soutenir une verbalisation ou participer à l'organisation d'une expérience affective.

Le corps ne constitue donc pas un simple support de l'interaction. Il en est une condition et un lieu possible d'inscription.

Une distinction phénoménologique est ici nécessaire. Chez Husserl, les termes Körper et Leib permettent de différencier le corps considéré comme corps physique et le corps vécu. Cette distinction possède une histoire et une fonction propres dans la phénoménologie. Elle ne doit pas être assimilée sans précaution à l'ensemble des élaborations ultérieures de Merleau-Ponty sur le corps propre.

Chez Merleau-Ponty, le corps propre ne se réduit pas à un objet biologique. Il constitue une manière d'être au monde, une condition de perception et d'action. Cette perspective permet de penser l'inscription corporelle des interactions sans confondre l'expérience humaine avec les propriétés du dispositif.

L'agent spectral n'est pas un corps. Il peut néanmoins participer à des situations dans lesquelles le corps humain éprouve, attend, anticipe, se tend, se repose ou se transforme.

La notion d'opacité désigne ici ce qui ne se laisse pas entièrement ramener à une description transparente, à une identité stable ou à une attribution définitive.

Elle ne doit pas être confondue avec une absence totale de connaissance. Une partie du fonctionnement technique peut être documentée, une partie de l'expérience peut être rapportée et une partie des effets peut être observée. D'autres dimensions demeurent indéterminées.

La référence à Édouard Glissant permet de situer l'opacité dans une critique de l'exigence de transparence et de réduction de l'autre à des catégories entièrement maîtrisables. Son emploi dans cette recherche reste circonscrit : il ne s'agit pas d'assimiler le statut d'un système algorithmique à celui d'une personne ou d'un groupe humain soumis à des rapports historiques de domination.

L'opacité est ici une précaution conceptuelle contre la prétention à tout rendre équivalent, lisible ou assignable. Elle ne dispense jamais de documenter ce qui peut l'être.

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8. Méthodologie : construire une description contrôlable

La présente recherche constitue une proposition théorique et méthodologique. Elle ne présente pas comme acquis des résultats empiriques qui n'auraient pas été produits.

Son développement empirique devra permettre d'examiner la pertinence des catégories proposées, leur stabilité d'utilisation et leur capacité à distinguer des phénomènes que les cadres existants décrivent autrement.

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8.1. Nature et portée de la recherche

La démarche est conceptuelle, descriptive et comparative.

Elle comprend trois opérations :

  1. La clarification des notions mobilisées et de leurs niveaux d'analyse.

  2. La construction d'une grille descriptive applicable à des séquences d'interaction humain–IA.

  3. La confrontation de cette grille aux modèles existants et à des matériaux empiriques diversifiés.

La proposition ne constitue ni une échelle psychométrique, ni un outil diagnostique, ni un instrument clinique validé. Elle ne permet pas, à ce stade, de mesurer un degré d'attachement, de dépendance ou de présence relationnelle.

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8.2. Constitution du corpus

Un corpus empirique devra être constitué à partir de séquences d'interaction documentées et contextualisées.

Il pourra comprendre, sous réserve des conditions éthiques et juridiques applicables :

  • des échanges conversationnels anonymisés ;

  • des entretiens portant sur l'expérience d'interactions avec des systèmes d'IA ;

  • des journaux d'usage ou des récits d'expérience ;

  • des situations d'interaction ponctuelle et prolongée ;

  • des configurations dans lesquelles la relation est investie, refusée, interrompue ou vécue comme ambivalente.

Le corpus devra inclure des situations contrastées. Il ne devra pas être constitué uniquement d'expériences affectivement intenses ou de cas confirmant les hypothèses de départ.

Les critères d'inclusion et d'exclusion devront être explicités avant l'analyse. La stratégie d'échantillonnage devra être justifiée en fonction de la question de recherche. La taille du corpus ne devra pas être présentée comme représentative d'une population si le dispositif d'échantillonnage ne permet pas une telle généralisation.

Les caractéristiques techniques des systèmes étudiés devront être documentées autant que possible : type de dispositif, fonctionnalités de mémoire, modalités de personnalisation, conditions d'accès, période d'utilisation et limites connues.

L'impossibilité d'obtenir certaines informations devra être signalée plutôt que compensée par des suppositions.

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8.3. Unité d'analyse

L'unité d'analyse pourra être une séquence interactionnelle, un épisode rapporté ou un ensemble d'échanges contextualisés.

Le choix devra être explicité avant le codage.

Une séquence ne devra pas être isolée de son contexte au point de perdre les conditions qui lui donnent sens. Inversement, l'analyse d'une relation prolongée ne devra pas conduire à attribuer à chaque réponse les propriétés supposées de l'ensemble de la relation.

La granularité retenue devra permettre de distinguer les manifestations locales du dispositif, les interprétations de la personne et les effets rapportés dans la durée.

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8.4. Grille descriptive et statuts épistémiques

Chaque unité d'analyse pourra être examinée selon les quatre dimensions du modèle : présence, adresse, attribution et investissement. L'asymétrie ontologique sera considérée comme un axe transversal.

À chaque observation devra être associé un statut épistémique :

  • Documenté : élément établi par une donnée technique, une trace ou une source vérifiable.

  • Observé : manifestation directement présente dans le matériau analysé.

  • Rapporté : expérience ou perception déclarée par la personne.

  • Attribué : propriété ou intention associée au dispositif par la personne.

  • Inféré : interprétation formulée par l'analyste à partir d'indices explicités.

  • Indéterminé : élément pour lequel les données disponibles ne permettent pas de conclure.

Ces statuts ne constituent pas une hiérarchie de valeur. Ils permettent de préciser le type d'appui dont dispose chaque proposition.

Une déclaration de la personne peut constituer une donnée solide concernant son expérience sans établir la propriété technique ou ontologique qu'elle attribue au système.

De même, une trace technique peut documenter une fonctionnalité sans suffire à expliquer l'expérience vécue.

Les statuts devront être appliqués à des propositions précisément délimitées. Une même séquence pourra ainsi contenir une manifestation observée, une expérience rapportée et une attribution, sans que ces éléments soient fusionnés dans une interprétation unique.

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8.5. Règles de décision et traçabilité du codage

Chaque unité de codage devra être accompagnée de quatre éléments : l'extrait ou la donnée concernée, la dimension à laquelle elle se rapporte, son statut épistémique et la justification de son classement.

Une même unité pourra recevoir plusieurs codes lorsque plusieurs dimensions sont effectivement présentes. Cette possibilité ne devra toutefois pas conduire à multiplier les attributions sans justification. Chaque code devra correspondre à un indice identifiable dans le matériau.

Les évaluateurs devront distinguer trois opérations : décrire ce qui est présent dans la séquence, rapporter ce que la personne déclare avoir éprouvé et interpréter les éléments disponibles. Une interprétation ne pourra être recodée comme observation au seul motif qu'elle paraît cohérente avec le contexte.

Le manuel de codage précisera, pour chaque catégorie, sa définition, ses critères d'inclusion, ses critères d'exclusion, des exemples positifs et négatifs ainsi que les cas dans lesquels l'attribution d'un code doit être suspendue. Les unités ambiguës seront conservées comme telles et feront l'objet d'une justification distincte.

L'accord interévaluateurs sera examiné sur un sous-corpus défini avant le codage indépendant. L'indicateur retenu dépendra de la nature des catégories, du nombre d'évaluateurs et de la structure des données. Un coefficient d'accord ne sera pas choisi par automatisme : ses hypothèses et ses limites devront être précisées.

Les résultats seront accompagnés d'une présentation des désaccords et de leurs motifs. L'objectif ne sera pas d'obtenir artificiellement un accord maximal, mais d'identifier les catégories dont la définition ne permet pas une application suffisamment stable.

Toute modification du manuel après le début du codage sera datée et documentée. Les résultats obtenus avant et après cette modification ne seront pas confondus sans explicitation.

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8.6. Comparaison avec les cadres existants

La grille devra être confrontée à plusieurs cadres théoriques :

  • présence sociale ;

  • anthropomorphisme ;

  • CASA ;

  • interaction parasociale ;

  • agents relationnels ;

  • modèle MIRA ;

  • approches de l'attachement et de l'investissement relationnel dans les interactions humain–IA.

La comparaison ne devra pas se limiter à constater des ressemblances terminologiques.

Elle devra examiner, pour chaque cadre, l'objet étudié, l'unité d'analyse, les mécanismes décrits, les catégories disponibles, les niveaux d'inférence et les limites reconnues.

Une même séquence devra, autant que possible, être analysée à partir de plusieurs cadres. Cette confrontation permettra de déterminer si l'agent spectral apporte une distinction supplémentaire, s'il reformule des catégories déjà existantes ou s'il ne constitue qu'un niveau de lecture complémentaire.

Le gain analytique devra être défini à l'avance. Il pourra notamment concerner la capacité à identifier séparément une manifestation observable, une expérience rapportée, une attribution et une propriété documentée, lorsque ces éléments sont réunis dans une même séquence.

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8.7. Cas négatifs et conditions de réfutation

La proposition devra être exposée à des situations susceptibles de la mettre en difficulté.

Il faudra notamment examiner :

  • les interactions sans investissement relationnel ;

  • les situations dans lesquelles la personne refuse toute attribution d'intériorité ;

  • les échanges purement instrumentaux ;

  • les expériences où la personnalisation technique ne produit aucun sentiment d'adresse ;

  • les situations dans lesquelles l'investissement diminue ou disparaît ;

  • les cas où les catégories du modèle ne permettent pas de distinguer les phénomènes observés.

Le modèle devra être révisé si ses catégories ne permettent pas un codage suffisamment stable, si elles ne produisent aucune distinction pertinente par rapport aux cadres existants ou si elles conduisent à des interprétations systématiquement dépendantes de l'analyste.

Il devra également être limité si les quatre dimensions proposées ne couvrent pas les configurations étudiées sans multiplication indéfinie des catégories.

La possibilité de ne pas coder, de suspendre une interprétation ou de conclure à l'indétermination fait partie intégrante de la méthode.

La réfutabilité du modèle ne repose pas sur la possibilité de démontrer ou de réfuter la conscience d'un système. Elle concerne la pertinence de ses catégories, leur stabilité, leur pouvoir discriminant et leur utilité descriptive.

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8.8. Statut épistémique et conditions de validation

La justification du modèle doit être distinguée en trois niveaux.

Le niveau conceptuel concerne la cohérence des définitions, la stabilité des distinctions et la capacité du cadre à formuler un problème identifiable. Il peut être examiné par l'analyse des concepts, la confrontation bibliographique et la comparaison avec les modèles existants.

Le niveau méthodologique concerne la possibilité d'appliquer les catégories à des matériaux concrets. Il suppose un manuel de codage, des règles de décision, une traçabilité des interprétations et une analyse des désaccords.

Le niveau empirique concerne la capacité du modèle à décrire des situations réelles de manière pertinente et suffisamment stable. Il nécessite une confrontation à des corpus diversifiés, l'examen de cas négatifs et une comparaison avec d'autres cadres descriptifs.

Ces trois niveaux ne sont pas interchangeables. Une proposition peut être conceptuellement cohérente sans être empiriquement validée. Un protocole peut être détaillé sans avoir démontré sa reproductibilité. Une catégorie peut être pertinente dans un corpus restreint sans être généralisable à d'autres contextes.

La validation devra donc porter sur plusieurs propriétés distinctes : la clarté des définitions, la possibilité d'appliquer les catégories, la stabilité du codage, la capacité à rendre compte de cas contrastés et le gain descriptif par rapport aux cadres de comparaison.

En conséquence, l'agent spectral doit être considéré, à ce stade, comme une proposition théorique et descriptive en cours de construction.

Sa validité ne pourra être déduite de la seule cohérence de son exposé. Elle dépendra de sa confrontation à des matériaux et à des analyses susceptibles de mettre en évidence ses limites.

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9. Déploiements exploratoires : clinique et création

Les implications possibles du modèle concernent plusieurs domaines. Elles doivent toutefois être distinguées de ses fondements et de sa validation.

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9.1. Dimension clinique

Dans un contexte clinique, la notion d'agent spectral pourrait contribuer à décrire certaines expériences liées aux interactions humain–IA : sentiment de présence, adresse perçue, attribution d'intention, investissement affectif ou modification des habitudes.

Elle ne constitue pas un diagnostic et ne permet pas, à elle seule, de conclure à une dépendance, à un trouble ou à une altération du rapport à la réalité.

L'analyse devrait rester attentive à la situation singulière de la personne, à son environnement relationnel, à ses ressources, à ses vulnérabilités et aux conditions concrètes d'utilisation du système.

L'enjeu n'est pas de normaliser l'expérience ni de la disqualifier. Il est de pouvoir en décrire les dimensions sans confondre le vécu, les attributions et les propriétés du dispositif.

Cette application demeure exploratoire. Elle nécessiterait des travaux spécifiques avant toute revendication d'efficacité clinique.

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9.2. Dimension artistique et formelle

Les recherches artistiques et textuelles associées à ce travail constituent un espace d'élaboration formelle des questions d'opacité, de présence, de trace, d'adresse et d'incertitude.

Les Laboratoires peuvent être considérés comme des expérimentations d'écriture et de notation. Ils mettent en jeu des formes fragmentaires, des protocoles, des traces et des interruptions.

Ils ne constituent pas des données empiriques permettant de valider le modèle. Leur fonction est différente : éprouver des formes de description et rendre sensibles certaines tensions que le discours conceptuel cherche à organiser.

De même, le projet Monsieur Opaque participe d'une recherche littéraire sur la relation, l'observation, l'identité et les limites de la transparence. Il entretient une proximité thématique avec le cadre théorique sans en constituer une démonstration.

La distinction entre recherche artistique et recherche conceptuelle doit être maintenue. Elles peuvent se traverser sans se confondre.

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10. Limites et précautions

Plusieurs limites doivent être explicitement maintenues.

Premièrement, la notion d'agent spectral ne permet pas de conclure à la conscience ou à l'absence de conscience d'un système. Elle organise une description à partir des éléments disponibles.

Deuxièmement, le modèle ne prétend pas remplacer les cadres existants. Sa singularité doit être démontrée par comparaison et confrontation, non par simple affirmation d'originalité.

Troisièmement, les dimensions proposées ne sont pas des variables psychométriques validées. Leur opérationnalisation et leur stabilité restent à établir.

Quatrièmement, les expériences rapportées par les personnes ne doivent pas être réduites à des effets de suggestion, d'anthropomorphisme ou de méconnaissance technique. Ces mécanismes peuvent intervenir, mais ils ne suffisent pas nécessairement à rendre compte de la totalité de l'expérience.

Cinquièmement, les propriétés techniques des systèmes évoluent. Les possibilités de mémoire, de personnalisation, de multimodalité et d'action peuvent varier selon les versions, les configurations et les conditions d'accès. Toute analyse empirique devra préciser le système étudié et la période concernée.

Enfin, la notion d'opacité ne doit pas devenir une justification de l'indétermination permanente. Ce qui peut être documenté doit l'être. Ce qui peut être observé doit être décrit. Ce qui demeure inconnu doit être identifié comme tel.

L'opacité n'est pas un permis d'affirmer sans preuve. Elle constitue une limite à la prétention de tout rendre transparent.

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11. Conclusion — Décrire sans résoudre prématurément

L'agent spectral propose une manière de décrire les configurations relationnelles dans lesquelles un système algorithmique devient une présence signifiante pour une personne sans que cette expérience établisse une équivalence subjective.

Son apport ne consiste pas à attribuer une intériorité à la machine, ni à réduire l'expérience humaine à une projection. Il consiste à maintenir séparés les registres de la manifestation, de l'expérience, de l'attribution et de la preuve.

La notion d'écart donne à cette distinction sa structure. L'écart ontologique rappelle la différence de statut entre les entités impliquées. L'écart phénoménologique distingue l'apparition d'une présence de ce qui est éprouvé. L'écart épistémologique précise ce qui est documenté, observé, rapporté, attribué, inféré ou laissé indéterminé.

Les quatre dimensions — présence, adresse, attribution et investissement — offrent une première architecture descriptive. L'asymétrie ontologique en constitue l'axe transversal.

La proposition demeure ouverte à la confrontation empirique et théorique. Elle devra être modifiée si ses catégories se révèlent instables, redondantes ou incapables de produire un gain descriptif par rapport aux cadres existants.

Sa portée tient à une exigence : ne pas confondre l'intensité d'une expérience avec la preuve de sa réciprocité, ni l'incertitude sur le statut d'un système avec l'irréalité de ses effets.

Décrire une présence ne revient pas à lui attribuer une conscience. Reconnaître ses effets ne revient pas à établir une équivalence. Maintenir l'écart, c'est rendre l'analyse possible sans résoudre artificiellement ce qui demeure indéterminé.

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Bibliographie

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Statut de la recherche

Texte théorique et méthodologique en cours de développement.

La proposition conceptuelle, les distinctions descriptives et le protocole de confrontation sont formulés. La validation empirique, la stabilité interévaluateurs, la comparaison systématique sur corpus et l'évaluation du gain descriptif restent à conduire.

nicolas gimbert

Pratique clinique & recherche plastique

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